WIP siria

WIP : l’entrepreneuriat social entre la Syrie et le Liban

Giulia Camuffo17 février 2026

Le projet WIP (Work in Progress) redéfinit le concept d’aide humanitaire entre la Syrie et le Liban. Dans cette interview, Teresa Cinquina nous raconte comment le passage de l’assistanat à l’entrepreneuriat social redonne de l’espoir dans des territoires dévastés.

Le projet WIP (Work in Progress) n’est pas seulement un fonds d’investissement. C’est une main tendue dans des territoires où planifier le lendemain semble être un luxe impossible. Actif entre Damas, Alep et le Liban, le projet soutient la micro-entreprise locale non seulement par des fonds économiques, mais aussi par un parcours de coaching personnalisé. Nous avons approfondi les détails de cette initiative avec Teresa Cinquina, référente du projet, de retour d’une récente mission à Damas.

WIP. Que signifie-t-il et comment est-il né ?

WIP signifie Work in Progress et l’histoire de ce projet n’est pas banale. Nous avions commencé à nous occuper de micro-entrepreneuriat dès 2018, à Alep, et WIP est né, en effet, d’une prise de conscience mûrie sur le terrain : nous nous sommes rendu compte que l’aide à la micro-entreprise, avant d’être économique, devait être un soutien à l’entrepreneur lui-même.

À cette époque, la Syrie vivait (et vit toujours) dans un contexte d’instabilité économique : jusqu’à récemment, l’embargo isolait totalement le pays, rendant presque impossible l’approvisionnement en matériaux ou l’exportation de produits. À cela s’est ajoutée l’hyperinflation qui a pulvérisé le pouvoir d’achat, un phénomène qui frappe aussi dramatiquement le Liban.

C’est de là qu’est née l’idée du coach : une figure qui ne s’occupe pas seulement de chiffres, mais qui offre un soutien constant dans des contextes marqués par ces phénomènes. WIP aide à récupérer la capacité de planifier le futur, en rendant sa dignité à celui qui, bien qu’ayant étudié et cultivé des passions, se retrouve contraint de lutter chaque seconde pour sa simple survie.

Session de formation à Damas

Récemment, tu étais en mission en Syrie, à Damas. Quelle a été cette expérience ?

Le projet WIP a des racines profondes précisément à Damas : c’est là que sont nées les premières éditions. Aujourd’hui, nous en sommes à la sixième édition du programme dans la capitale syrienne, tandis qu’au Liban nous en sommes à la quatrième et à Alep à la troisième.

Ma mission à Damas avait un but très concret : rencontrer les entrepreneurs de la cinquième édition. En effet, avant d’arriver à la phase finale, chaque candidat reçoit une formation spécifique à travers un coaching personnalisé : il ne s’agit pas seulement de fournir des outils techniques, mais d’accompagner la personne dans la construction d’une vision solide pour son activité.

C’est seulement après avoir terminé cette préparation et rédigé un plan d’affaires détaillé que les projets arrivent à la phase d’évaluation. À Damas, je faisais partie de la commission de sélection et ce qui m’a le plus frappée, c’est l’envie des gens de se remettre en jeu.

On voit des personnes qui, malgré le contexte dramatique, réussissent à entrevoir une opportunité pour elles-mêmes et pour les autres. Il y a ceux qui misent sur le micro-business pour garantir une vie digne à leurs enfants, et ceux qui regardent encore plus loin, voyant dans l’entreprise un moyen de reconstruire le tissu social de leur quartier.

Quel est l’aspect fondamental du projet WIP ?

L’un des aspects les plus intéressants de WIP est sa capacité à répondre à de graves manques sociaux à travers le business. Je pense à l’obstétricienne de Damas ou à ceux qui ouvrent des dispensaires de premiers secours dans les périphéries d’Alep, où des maladies comme la leishmaniose sont des urgences quotidiennes. Ces personnes n’offrent pas seulement des soins, mais elles le font avec la dignité de celui qui construit une activité structurée qui perdure dans le temps.

À ce jour, le contexte syrien a changé : durant la phase aiguë du conflit, l’intervention humanitaire était focalisée sur la survie immédiate. Aujourd’hui, bien que ce besoin d’assistance de base soit encore présent et nécessaire, il n’est plus la seule réponse. La population que nous avons soutenue dans l’urgence a besoin d’adjoindre au secours quotidien une perspective différente. C’est pourquoi WIP est né comme une évolution naturelle : il n’ignore pas l’urgence, mais transforme l’aide en un investissement pour l’avenir.

Nous misons tout sur la relation individuelle (one-to-one) pour rendre les personnes actrices de leur propre renaissance et pas seulement des « bénéficiaires ». Passer de l’assistance à l’entrepreneuriat durable signifie reconnaître que les gens ont réacquis la force de projeter. Cela se crée à travers un lien de confiance et de responsabilité réciproque.

Presentazione dei business plan in Siria

Que signifie pour un entrepreneur en Syrie et au Liban de recevoir ce soutien ?

Cela signifie recevoir une forme de justice. J’ai été particulièrement émue par l’histoire d’une dentiste dont la clinique avait été bombardée : pour elle, pouvoir rouvrir son cabinet n’a pas été seulement un succès économique, mais la récupération de quelque chose que la guerre lui avait arraché injustement. Faire de l’entreprise en Syrie aujourd’hui signifie parier sur un risque incalculable. Notre objectif est toutefois d’intercepter ceux qui sont restés pour leur permettre de créer un morceau de futur sur leur propre terre.